Dernière modification le 28 mars 2026
À partir de la fin du XIIIᵉ siècle et pendant plus de la moitié du siècle suivant, l’Écosse médiévale est plongée dans une série de guerres d’indépendance visant à lutter contre les ambitions anglaises au nord de la Grande-Bretagne. Si les nombreux affrontements qui apparaissent démocratisent l’utilisation généralisée d’archers par l’Angleterre, ils mettent également en lumière une formation militaire écossaise audacieuse et originale : le schiltron.
Qu’est-ce que le schiltron ?

mettant en avant le mur de piques écossais.
(Source : William Brassey Hole ,
Bannockburn A.D. 1314. Édimbourg (Écosse) :
Scottish National Portrait Gallery, 1900)
Le schiltron dont la racine fait référence à un mur de boucliers ou à un groupe compacte de piétons, désigne une formation de combattants à pied, regroupés en une masse serrée et armés de longues piques afin de briser les charges de cavalerie.
Héritier dans une certaine mesure des phalanges grecques et macédoniennes de l’Antiquité et ancêtre conceptuel du carré d’infanterie des guerres napoléoniennes, le schiltron n’est donc pas nouveau. Il s’agit plutôt d’une réappropriation intelligente d’une tactique déjà ancienne par les Écossais lors des guerres contre l’Angleterre.
Cette formation connaît son essor et son développement à travers l’initiative de deux figures majeures des guerres d’indépendance écossaises que sont William Wallace et Robert Bruce qui l’utiliseront lors de nombreux affrontements avec des résultats variables. De manière générale, le schiltron se présente soit sous une forme circulaire ou rectiligne. Dans les deux cas, l’objectif est d’offrir une protection à 360 degrés en dressant un véritable mur infranchissable. Pour contrer la cavalerie ennemie, des longues piques d’une longueur d’environ 3 mètres 50 sont utilisées. Le schiltron est composé de plusieurs couches, les hommes du premier rang s’agenouillent pour caler les piques au sol afin de rester stable, tandis que ceux du deuxième rang se tiennent debout, dressant leurs piques au niveau de la tête.
Les faiblesses et les limites du schiltron
Si de prime abord le schiltron semble être redoutable, il comporte de nombreuses limites qui vont se dévoiler au cours des guerres contre l’Angleterre. La défaite écossaise à la bataille de Falkirk en 1298 en est un exemple frappant.
L’invasion des terres écossaises par l’Angleterre en 1296 déclenche la Première Guerre d’indépendance de l’Écosse. William Wallace qui mène des opérations militaires victorieuses contre les Anglais, fait face à une armée ennemie levée pour le stopper. Écossais et Anglais se rencontrent en juillet 1298 lors de l’affrontement de Falkirk. Les hommes de Wallace se divisent en quatre schiltrons circulaires avec à leurs côtés archers et cavaliers. La cavalerie anglaise lance la charge et sème la déroute chez les archers et la cavalerie mais échoue à briser les schiltrons écossais. Les archers anglais prennent alors le relais et brisent à distance les formations ennemies avant de laisser la cavalerie charger de nouveau, scellant définitivement l’issue de la bataille.
Cet affrontement met en lumière des schiltrons présentant des faiblesses majeures. Malgré la forêt de piques comme l’évoquent les chroniqueurs médiévaux, la forme circulaire de la formation de Wallace empêche le mouvement et restreint donc le schiltron à un unique rôle défensif et statique. Le manque de préparation des hommes, l’immobilité et l’absence d’unités de soutien, le tout dans un terrain ouvert rend le schiltron extrêmement vulnérable. La formation devient alors une cible de choix pour les archers qui, peuvent par leurs volées de flèches, disperser les hommes et désorganiser le schiltron, le conduisant à perdre toute efficacité du fait de la disparition de son mur de piques.
Une efficacité aux enjeux et conséquences multiples
Après la mort de William Wallace en 1305, l’élan de la lutte contre l’Angleterre est relancé par Robert Bruce, couronné roi en mars 1306. Fort de son expérience militaire, il renouvelle l’utilisation du schiltron. En prenant note des échecs précédents de cette formation, il comprend que toute son efficacité repose sur la discipline et la mobilité. Il améliore donc l’entraînement des hommes et la coordination générale lors de la mise en place du schiltron. La formation adopte une posture bien plus mobile en adoptant une forme rectiligne, permettant de déplacer plus aisément le schiltron. Le fait d’être en mouvement permet de quitter une formation purement défensive en offrant un pouvoir offensif pour avancer vers l’ennemi.
Le choix du terrain devient également un enjeu crucial pour le schiltron. L’utilisation d’obstacles naturels ou non (fossés, marais…) accentue la protection des hommes et force l’adversaire à attaquer dans les directions voulues par les défenseurs. C’est ce qu’il se passe lors de la bataille de Loundon Hill en 1307. La petite armée écossaise de Robert Bruce fait face à une force anglaise numériquement supérieure et composée en très grande majorité de cavalerie. Pour aller chercher la victoire, les Écossais se placent légèrement en hauteur, sur un terrain boueux et protégé par des marais sur chaque flanc. Devant les hommes de Bruce, des fossés sont creusés avant que les schiltrons ne soient formés. Cette préparation conduit les schiltrons à être très efficaces, donnant la victoire aux troupes écossaises.
En vérité, lorsque les deux armées s’affrontèrent, et que les chevaux des Anglais chargèrent sur les piques des Écossais, comme dans une forêt dense, il s’éleva un fracas immense et terrible de lances brisées et de destriers mortellement blessés.
Récit de la bataille de Bannockburn en 1314, The Chronicle of Lanercost, 1272-1346. Traduit et annoté par Sir Herbert Maxwell. Glasgow : James MacLehose and Sons, 1913
Cependant, l’événement qui fait du schiltron le déclencheur d’un renouveau tactique est sans doute la bataille de Bannockburn en 1314. L’armée de Robert Bruce fait face aux Anglais commandés par le roi Édouard II. Les schiltrons avancent lentement vers les troupes anglaises, épaulés par les archers afin de forcer la charge ennemie. Les Anglais tombent dans le piège, amenant la cavalerie à s’écraser face aux murs de piques. Les unités écossaises restent en formation et continuent à avancer, repoussant sans arrêt les combattants anglais, menant à une victoire stratégique.
L’épisode de Bannockburn illustre le résultat d’une révolution tactique écossaise grâce à la discipline et à l’efficacité des schiltrons manœuvrants de Robert Bruce. Chez les Anglais, cette défaite provoque un changement stratégique important pour faire face aux Écossais. Le combat à pied est désormais favorisé, l’usage de cavalerie devient plus modéré et les archers sont à présent grandement utilisés.
Cette métamorphose anglaise en réponse à ces formations, va se pérenniser et montrera tout son potentiel lors des affrontements contre la France au cours de la Guerre de Cent ans.
Bibliographie utilisée
- GRAY Thomas, 1907. Scalacronica : the reigns of Edward I, Edward II and Edward III, as recorded by Sir Thomas Gray, and now translated by Sir Herbert Maxwell. Vol. 1. Glasgow : James MacLehose and Sons.
- HANNE Olivier, 2012. De la guerre au Moyen Âge. Anthologie des écrits militaires. Paris : Giovanangeli Bernard.
- MOFFAT Alistair, 2014. Bannockburn: The Battle for a Nation. Édimbourg : Birlinn.




